Les convulsionnaires, Scène de secours- XVIII siècle
Histoire,  XVIII siècle, Les lumières

Les convulsionnaires

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Le mouvement « des convulsionnaires » est un mouvement politico-religieux lié au Jansénisme du XVIII siècle. C’est le coté obscure du Jansénisme avec ses pratiquants, qui sont en majorité des femmes du peuple, se mettant en transe comme possédés et tenant des propos incohérents.

A Paris, au XVIII siècle, en 1713 précisément, suite à la promulgation de la bulle Unigenitus par le Pape qui condamne le Jansénisme  (mouvement qui nie le libre arbitre et croit à la prédestination)l’on voit que la querelle à ce sujet fait rage et notamment avec les Magistrats du Parlement de Paris qui sont en majorité Janséniste et au sein du clergé lui même.

Un diacre François de Paris, fils de Nicolas de Paris qui était conseiller au Parlement de Paris, prend fait et cause pour ce mouvement . Il s’installe dans le quartier de la rue Mouffetard à Paris et mène une vie dédiée aux pauvres. Il s’inflige alors des mortifications à l’aide d’une ceinture de fer garnie de pointes, il jeune souvent, est végétarien et ne se chauffe pas l’hiver. Fidèle aux principes Janséniste il fait en sorte que sa vie soit sans plaisir et il y arrive si bien le bougre qu’il meure d’épuisement et des suites des mauvais traitements qu’il s’est infligé en 1727 à l’âge de 37 ans. 

François de Pâris 1690 1727 diacre français et janséniste - Les convulsionnaires
François de Paris, diacre des convulsionnaires XVIII siècle

Il est enterré au cimetière de l‘église Saint Médard, rue Mouffetard ou il devient un Saint pour les Jansénistes.  Une véritable folie s’installe autour de sa tombe. Des gens viennent se recueillir et tombent en transe, c’est l’hystérie et cela attirent de nombreux curieux qui viennent voir le spectacle et les guérisons dites miraculeuses… 

Il faut savoir que le mouvement Janséniste était friand de miracles, et s’en servait pour faire sa publicité au sein du peuple Parisien. Ainsi Marguerite Périer en 1656, nièce de Blaise Pascal guérie d’un ulcère à l’œil à l’abbaye de Port Royal, en 1725 c’est au tour d’une certaine Madame Lafosse de guérir de pertes de sang tellement abondante que sa vie était en danger.

Mais c’est réellement avec François de Paris que le mouvement des convulsionnaires prend son essor au XVIII siècle. Enterré au cimetière Saint Médard en 1727, des fidèles recueille la terre près de sa tombe pour en faire des emplâtres ! On y convulse joyeusement , enfin plutôt tristement, on y assiste à des possessions collectives proches de la folie. C’est dit-on l’extase divine.

Convulsionnaires au cimetière de Saint Médard sur la tombe du diacre François de Pâris gravure du XVIIIe siècle auteur inconnu. - Les convulsionnaires
Convulsionnaires au cimetière de Saint-Médard sur la tombe du diacre François de Pâris (gravure du XVIIIe siècle, auteur inconnu).

La police royale s’en mêle car :

« On y voit des jeunes filles assez jolies et bien faites dans les bras des hommes qui en les secourant peuvent contenter certaines passions car elles ont pendant deux ou trois heures la gorge et les seins découverts, les jupes basses et les jambes en l’air… »

Suite à cela le Roi Louis XV  décrète une ordonnance en janvier 1732 qui déclare qu’on cherche à Saint Médard à abuser de la crédulité du peuple et que par conséquence le cimetière sera fermé.

En réponse au Roi, un couplet ironique se murmure un peu partout dans les rues de Paris :

« De par le Roi, défense à Dieu de faire miracle en ce lieu »

Le cimetière Saint Médard étant fermé, les convulsionnaires se réunissent en privé chez les uns et les autres, dans des caves, des greniers.

Et là, ça devient une dinguerie…  Les tarés, sado-masochistes de tout poil ( magistrat, prêtre…) se donnent rendez-vous pour assister à des scènes de tortures. Vouui voui vous avez bien lu. 

Des gens de toute condition s’y adonnent ( enfin surtout des femmes du peuple) et d’autres les regarde. On y voit le frère de Voltaire Armand Arouet ( dénommé le frère à la bague) assisté à l’une de ses réunions ou une jeune fille du nom de Marie Sonnet est rôtie comme un poulet dans une cheminée, enveloppée dans un linge qui ne brûle pas. 

Mais d’ou vient cette idée ? Quel est le projet ?

Affliger des souffrances à son prochain pour se rapprocher de Dieu ? Mais de quel Dieu ?

Elle y gagnera le surnom de « la Salamandre ».

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Les convulsionnaires, ( branches des Jansénistes) Armand Arouet, frère de Voltaire

Source : Wikisource: le frère de Voltaire (de Augustin Gazier)

Des jeunes filles et femmes plus nombreuses que les hommes dans ces assemblées ( bizarre vous avez dit bizarre ), demandent qu’on les soulage des convulsions en les battant… Des coups de poing, de pied sont donnés à ces malheureuses, des coups d’épée, de bûches, on écartèle les corps …  et l’on va même ( le must du must) jusqu’au crucifiement. 

secours 3 - Les convulsionnaires
Les convulsionnaires, Scène de secours- XVIII siècle

L’exaltation y est poussée à son paroxysme avec des scènes de violence, d’humiliation, de sexe afin d’altérer leurs états de conscience et de provoquer une dissociation ayant pour but que le corps ne ressente plus rien :  L’extase dans la souffrance.

Certains (nes) prophétisent ou émettent une glossolalie .

Il se livrait en fait (selon eux) à une parodie de la passion du Christ.

Pour résumé , c’est une véritable réunion satanique.

A mettre en parallèle avec le supplice de Damiens qui a eut lieu en 1757 en place de Grève sous les ordres des Magistrats du Parlement de Paris et qui étaient pour la plupart …. jansénistes. 

Le Roi Louis XV commence à s’inquiéter de ses pratiques qui ont lieu à Paris mais aussi en province ( Lyon) et les interdits en 1733.

Entre 1733 et 1760 environ 250 convulsionnaires sont emprisonnés ( majorité femmes du peuple) à la Bastille pour de courts séjours .

Une scission importante se fait alors à cette époque au sein du mouvement Janséniste. Les uns considèrent que les convulsions sont l’oeuvre de Dieu ( l’abbé d’Etemare, François Boursier), les autres l’oeuvre du diable ( Nicolas Nivelle & Nicolas Petitpied).

Le Parlement de Paris, pourtant Janséniste mais sentant que cette histoire de convulsions va trop loin émet de sérieuses réserves à son encontre.

C’est à la suite de cette prise de position que Louis Basile Carré de Montgeron  rédige « La vérité des miracles de M de Paris démontrée contre l’archevêque de Sens » en 1737 et présenté au Roi.

L’oeuvre défend la cause du jansénisme et des convulsionnaires. L’auteur sera incarcéré à la Bastille puis exilé vers Avignon.

 

Convulsions - Les convulsionnaires
Convulsions tirée de La vérité des miracles de M Paris de Carré de Montgeron

Pourtant le mouvement des convulsionnaires perdure. La crucifixion des fidèles se retrouvent encore en 1783 et Augustin Gazier ( historien issu d’une famille Janséniste & spécialiste du jansénisme) nous apprend dans son « Histoire générale du mouvement Janséniste » qu’il y’avait des personnes respectables ( au parlement de Paris évidemment ) qui s’adonnaient à ces tortures :

« Il ne l’était pas davantage (fou), l’avocat au parlement Olivier Pinault, qui a publié des ouvrages estimés …..et qui fut jusqu’à la révolution sous le nom de frère Pierre, le plus qualifié des convulsionnaires. Il a joué dans ce qu’on appelle l’oeuvre des convulsions, à titre d’acteur de témoin et d’orateur, un rôle de tout premier ordre. Il a même au dire de quelques uns été crucifié un certain nombre de fois, ce qui ne l’empêchait point d’exercer sa profession d’avocat et d’être considéré par ses confrères. »

 

Après la révolution Française, les convulsionnaires se diviseront entre eux en plusieurs mouvements ( les bonjouristes ( secte convaincue du retour du messie et du règne du peuple Juif sur la terre) avec François Bonjour ( curé qui a deux maîtresses) , et les communiquants avec François Jacquemont ) pour s’éteindre ( officiellement) progressivement au XX siècle.

 

 

 

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