Jansénius, évêque d'Ypres
Grand siècle ou XVII siècle,  Histoire,  XVIII siècle, Les lumières

Le jansénisme

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Le jansénisme est un courant théologique du XVII siècle remettant en cause la grâce de dieu et le libre-arbitre de l’homme. ( a contrario des Jésuites qui prône la liberté humaine, le libre arbitre) Il se réclame du catholicisme et prend ses sources dans les textes d’un des pères de l’Eglise : Saint Augustin.

Au siècle précédent, au XVI siècle les guerres de religion entre catholiques et protestants ont ravagé le royaume de France. Le Roi Henri IV pour apaiser les tensions et mettre un terme à la guerre civile met en place l’Edit de Nantes en 1598 qui est un édit de tolérance envers les protestants.

Cependant l’église catholique  afin de lutter contre la propagation du protestantisme met en place la « contre-réforme ». Aidée en cela par l’ordre des Capucins et l’ordre des Jésuites dit « La compagnie de Jésus ». Ces ordres catholiques évangéliseront en outre-mer, en Amérique latine, au Mexique mais également en Pologne, en Hongrie, en Bavière … et bien sûr en France. Des écoles, des universités seront crées pour former  les gens d’église.

C’est dans ce contexte qu’apparaît au début du XVII siècle le Jansénisme.

 

 Cornélius Jansen & Jean Duverguier De Hauranne

 

Cornélius Jansen ou Jansénius naquit aux Pays-Bas en 1585 dans une famille Catholique. Vers 1600/1602 il fait ses études à l’Université Catholique de Louvain ( Belgique) et y rencontre Jean Duvergier De Hauranne futur abbé de Saint-Cyran. Les deux amis tombent sous le charme des idées du théologien Michael Baius dit De Bay enseignées au sein de l’établissement . Le Baianisme  prône :

  • La prédestination ( Dieu aurait choisit de toute éternité les graciés, les élus, ceux qui ont droit à la vie éternelle et peu importe le comportement de la personne dans sa vie terrestre)
  • La nature humaine sans la grâce de Dieu est incapable de faire le bien (protestantisme)
  • Négation du libre-arbitre, Dieu décide tout

 

Cornelius Jansen Evêque dYpres 1585 1638 - Le jansénisme
Jansénius, évêque d’Ypres

 

Saint cyran - Le jansénisme
Abbé de Saint cyran ( Jean Duverguier De Hauranne)

Michael Baius professe ses idées au sein même de l’université Catholique de Louvain ou il deviendra recteur en 1570 après s’être rétracter sur ses propositions.  Le Pape Grégoire XIII promulguera une bulle condamnant ses propos en 1579.

Duvergier fut ordonné prêtre en 1618 et devint l’Abbé de Saint Cyran, quant à Jansénius il devint l‘évêque d’Ypres en 1636. Ils continueront toute leurs vies à s’apprécier mutuellement et à œuvrer ensemble pour la cause Janséniste.

En 1621, une réunion secrète à lieu à Bourg en Fontaine dans la ville de Villers-Cotterêts. Les participants sont :

Lors de cette réunion un objectif est donné : Eux ( c’est à dire les personnages cités ci-dessus),  se considèrent comme des savants illuminés et doivent détromper les peuples sur Dieu.

  • En effet, selon eux, Dieu fait ce qu’il veut des créatures que nous sommes, il les damnent ou les sauvent à sa guise et l’homme n’y peut rien. Quoiqu’ il fasse il sera damné ou sauvé si Dieu le décide. Théorie de l’ élitisme, de la prédestination ( déterminé dés la naissance comme élus ou réprouvés), pas la peine de faire le bien car l’on n’a rien à gagner ou à perdre, tout est joué d’avance ! C’est anti-catholique et anti-social et ouvre la porte à toutes sortes de dérives immorales ( voir les libertins au XVII & XVIII siècle).
  • Ils veulent détruire les sacrements, notamment l’eucharistie ( l’hostie qui représente le corps du Christ) et la pénitence ( confession)
  • Négation du libre arbitre, nie la liberté humaine, déresponsabilisation des actes
  • Discréditer ceux qui veulent rétablir le dogme catholique ( calomnies, mensonges, complots…)
  • Répandre ses idées par l’intermédiaire des livres
  • Se battre contre les Jésuites

Ils se définissent comme « les amis de la vérité », s’appellent « frères » et correspondent avec des codes secrets. C’est une vue pessimiste de la vie car pour l’abbé Saint Cyran « aimer la vie est une folie ». Le corps, la matière est rejeté ( ce qui ressemble fort au dogme cathare).

Dieu est terrifiant, incompréhensible, tyrannique. L’homme ne trouve son plaisir qu’à faire le mal …. L’homme est mauvais par essence.

En 1627, labbé de St Cyran devient le Directeur spirituel de Port Royal des champs (vallée de Chevreuse) qui a pour abbesse Angélique Arnauld.

Plan Port Royal des Champs cropped 764x1024 - Le jansénisme
Port royal des champs, vallée de chevreuse

Port Royal est le cœur du jansénisme et les règles de vie y sont extrêmes.( pas de chauffage, cloture des nonnes, silence…) On y enseigne la haine des Jésuites.

Un autre Port royal existe et il est à Paris, l’abbaye de Port royal de Paris boulevard du Port Royal. Aujourd’hui on peut en voir les vestiges avec la chapelle, le cloître et la salle capitulaire qui se trouvent au sein de l’hôpital Cochin de Paris.  

En 1635 Jansénius publie « Mars Gallicus » qui fustige l’alliance du Roi de France Louis XIII avec les protestants contre l’Espagne et l’Autriche qui sont deux pays Catholiques mais qui déclarent la guerre à la France.

En 1637, il y a la généralisation des commissaires au détriment des officiers. Les Officiers achetaient les offices pour rendre la justice du Roi. Or ils devinrent de plus en plus importants et incontrôlable, c’est pourquoi le Roi décida alors de nommer des commissaires ( non propriétaire d’un office et donc dépendant du Roi). 

Beaucoup d’ officiers, magistrats renoncent alors à leurs carrières et intègrent les Jansénistes. C’est ainsi que l’on retrouvera dans le milieu de la justice,  ces magistrats Jansénistes. Certains quitteront « le Monde » et trouveront refuge à Port Royal, on les appellera « Les solitaires ».

En 1638, le Cardinal de Richelieu entrevoit le danger de cette « secte » dite Catholique sur la Société et ré-affirme que l’attrition ( mea-culpa sincère d’une faute) est suffisant pour l’absolution des péchés. Mais les Jansénistes ne l’entendent pas de cette oreille et disent que :

« Seul l’amour de Dieu sans crainte de punition  permet d’être pardonner »

Le 15 mai 1638 Richelieu fait arrêter l’abbé Saint Cyran. Les propos de l’abbé représente un danger pour la cohésion sociale de la société. Le laid et le mal sont mis au même niveau que le beau et le bien, ce qui est profondément anti-social. 

Mathieu Molé, Président du Parlement de Paris demande au Cardinal de Richelieu la liberté de Saint Cyran. ( les magistrats sont en majorité Jansénistes)

Les magistrats s’opposent donc de cette manière au Roi et au Pape et veulent partager le pouvoir.

En 1640 sort ‘l‘Augustinus‘, oeuvre de Jansénius de 1300 pages, qui explique la révision de la doctrine de Saint Augustin ( un des pères de l’Eglise). Pour résumé cet écrit, la doctrine est une gnose destinée aux seuls élus. Jansénius se base sur les textes de Saint Augustin lorsqu’il croyait à la prédestination ( St Augustin a été manichéen avant d’être catholique) pour faire pression sur l’église.

En 1642 Le Cardinal de Richelieu meurt et en février 1643 St Cyran est libre mais décédera en octobre de la même année.

En 1643 toujours, Arnauld publie un livre fustigeant la morale relâchée des Jésuites : « De la fréquente communion« . Il y est dit que lorsque qu’on est justifié par le baptême les élus ne pêchent plus et donc n’ont plus besoin de sacrement. C’est anti-catholique encore une fois.

Richelieu mort il est remplacé par le Cardinal Mazarin qui hait également les jansénistes. Il demande d’ailleurs au Pape une bulle pour interdire le Jansénisme. Le pape promulgue la bulle « In eminenti » en 1642 qui interdit l’oeuvre « l’Augustinus » de Jansénius.

Commence alors à la même période la guerre du Parlement de Paris contre le Conseil du Roi. Le Roi ( et donc son conseil) sont au dessus du Parlement mais le Parlement exige d’être tout puissant concernant les lois.

C’est en 1648 qu’a lieu l’insurrection du Parlement qui ouvre la porte à ce que l’on nomme communément « La Fronde » (1648-1652). Les juges réclament de retrouver leurs places d’officiers de justice, leurs privilèges d’antan et les nobles de pouvoir jouer un rôle politique.

En 1652, Louis XIV est sur le trône de France et combat le Jansénisme avec ardeur.

En 1653 de nouveau une bulle papale est promulguée contre 5 propositions tirés de « l‘Augustinus« . Mais les Jansénistes ne cèdent pas.

En 1654, de nouveau une bulle est proclamée contre l’Augustinus. C’est alors que Blaise Pascal, mathématicien de son état, vient au secours de la cause Janséniste avec la publication « Les provinciales » en 1656/57. ( charge contre les Jésuites)

Le Pape condamnera les Provinciales de Pascal et en 1657 l’assemblée du clergé ( bulle ad sacram) de nouveau condamne les Jansénistes. Un formulaire est à signer en ce sens par les évêques et les religieuses.

Mais 4 évêques résistent :

  • Nicolas Pavillon, évêque d’Alet
  • Arnaud Henri, évêque d’Angers
  • Caulet, évêque de Pamiers
  • De Buzinval, évêque de Beauvais
  • Ainsi que les religieuses de Port Royal.

Louis XIV exige la signature par arrêt du conseil des religieuses de Port Royal qui refusent et sont donc expulsées à l’étranger. Les solitaires ( magistrats) suivent.

C’est donc la guerre et les Jansénistes sont vu comme des martyrs. 

Mais le Roi et le Pape Clément  veulent la paix et le Pape autorise la signature du formulaire avec restriction de conscience en 1668, c’est « la Paix de l’église » ou « Paix Clémentine« .

En 1694 parut, « les réflexions morales » du Janséniste Pasquier Quesnel. Des polémiques autour de cet écrit recommencèrent …

En 1694, les deux chefs du mouvement Janséniste meurt ( Arnauld & Nicole) le Roi Louis XIV demande alors au Pape de condamner le Jansénisme.

Le Pape promulguera la célèbre bulle « Unigenitus » en 1713.

Entre temps, l’abbaye de Port royal, fief des Jansénistes sera rasée en 1712. 

Dès lors se sera la guerre entre les magistrats du Parlement de Paris et le Roi.

La Régence

 

Après la mort en 1715 de Louis XIV viendra la régence de 1715 à 1723 du Duc d’Orléans. ( Louis XV est trop jeune pour régner)

Philippe d’Orléans est le neveu de Louis XIV, il gouverne la France en attendant la majorité de Louis XV ( majorité à 13 ans) . Il essaye de s’entendre avec les Jansénistes qui deviennent de plus en plus militant, et qui remettent en question la Monarchie.

Le Duc d’Orléans est un libertin du siècle des Lumières, un adepte d’alchimie et de messes noires.

Sous sa régence est instaurée « le système de Law« , système monétaire utilisant le papier-monnaie plutôt que les pièces métalliques. L’État financier de la France étant catastrophique car Louis XIV avait laissé les caisses de l’État vides. ( famine en 1709, dépenses luxueuses…)  Le Duc D’Orléans tenta le coup …

On créa ainsi la Banque Générale, la Compagnie du Mississippi qui développa la Louisiane ( commerce d’esclaves, d’enfants qui enrichirent de nombreux humanistes des lumières)

Au début le système fut une réussite, des gens firent fortune rapidement ( comme Mme Tencin , marraine de la Pompadour qui tripla sa fortune à cette époque avec l’aide du Cardinal Dubois alors ministre principal du régent )avec les actions , les nouveaux riches pullulaient à Paris.  

Mais tout cessa subitement et beaucoup de gens firent alors faillite.

 

Louis XV

 

Sous Louis XV on retrouve les Jansénistes avec l’affaire de l’Hôpital général et l‘affaire Damiens.

L’hôpital Général de Paris est géré par les magistrats du Parlement de Paris c’est à dire pour la plupart les Jansénistes. Il y’a la Salpêtrière pour les femmes, Bicêtre pour les hommes et la Pitiè pour les jeunes Garçons.

Or ce lieu censé venir en aide aux pauvres gens, nécessiteux est un lieu de violence, de trafic d’enfants, de viols… 

Des plaintes sont souvent déposés mais reste sans suite vu que les Magistrats sont dans la combine. Le peuple commence à gronder.

Louis XV en 1746 demande alors à Christophe de Beaumont qu’il nomme Archevêque de Paris d’investiguer au sein de l’hôpital Général.

Le rapport est fait, pour mettre un terme aux horreurs qui se passent à l’hôpital,  l’archevêque fait alors élire Mme De Moysan. Les magistrats démissionnent !

En mai 1750 a lieu « la marche Rouge« , le peuple Parisien se révoltent contre les enlèvements d’enfants qui ont lieu à Paris par des agents de Police sous les ordres du Lieutenant Police Berryer lui même sous les ordres des magistrats Jansénistes !

Des enfants disparaissent, sont enlevés impunément dans les rues de Paris au XVIII siècle et sont emmenés à l’Hôpital Général et pour certains, disparaissent carrément de la circulation. Plus de trace, rien…

Certains seront prostitués à des libertins, des pédophiles d’autres serviront de manœuvre bon marché pour les colonies ( La Louisiane notamment) 

Une autre affaire, mais liée elle aussi à l’affaire de l’hôpital Général est celle du supplice de Damiens.

Le 18 mars 1757 en Place de Grève à Paris est torturé , écartelé vivant Damiens par Ordre du Parlement de Paris et donc des magistrats Jansénistes.

Le Roi Louis XV pourtant avait pardonné à Damiens qui avait tenté de l’assassiner ( enfin c’est un bien grand mot vu que Damiens était armé d’un canif ) mais le Parlement de Paris avait insisté pour se saisir de l’affaire ( Damiens était un domestique ayant travaillé pour nombre de magistrats et de libertins, aussi était il au courant de beaucoup de choses), de plus sa propre fille avait elle aussi été enlevé par des agents de Police.

La manière dont est mort Damiens est d’une atrocité sans nom. C’est l’oeuvre des Jansénistes.

Pour conclure, le Jansénisme traversa l’histoire de France au XVII et XVIII siècle et aura préparé le terrain pour la Révolution Française en 1789. Son but était de déchristianiser la France et d’affaiblir la Monarchie. Les intentions de ce mouvement qui n’avait rien de Catholique était malveillante  dès la réunion secrète de 1621 à Bourg en Fontaine. De nombreux Jansénistes qui se revendiquaient plus catholiques que le Pape lui même  ( magistrats, avocats, abbés … ) ont trempés dans des affaires malsaines.

Suivront ensuite les frasques et la décadence des libertins du XVIII siècle, siècle des philosophes et des Lumières.

 

 

Sources :

  • Mourir à l’ombre des lumières, Marion Sigaut 
  • La marche Rouge, les enfants perdus de l’hôpital Général, Marion Sigaut
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