plan turgot 1734 - Le béguinage de Paris
Christianisme,  Histoire,  Moyen-âge XIII siècle

Le béguinage de Paris

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Sous le règne du Roi Saint Louis ou Louis IX en 1264 est installée une communauté de Béguines dans le Marais sur la rive droite à Paris. Le béguinage se trouve au coin de la rue Charlemagne et de la rue des jardins Saint Paul, non loin du lycée Charlemagne. Il était adossé à l’enceinte de Philippe Auguste dans sa partie Est. A l’extrémité sud le mur rejoint la rue de l’Avé Maria anciennement rue des béguines au XIV siècle. Les rues aux alentours étaient habitées également par des béguines. 

Aline Kinner journaliste et romancière (décédée en janvier 2019) a écrit un magnifique roman sur le béguinage de Paris. Très bien documenté ( elle a travaillé avec des historiens, médiévistes…) il nous emmène dans l’univers du XIII siècle avec bonheur. 

Capture - Le béguinage de Paris
Emplacement du béguinage de Paris au XIII siècle
Aline Kinner, la nuit des béguines

L’enceinte de Philippe-Auguste

L’enceinte du Roi Philippe Auguste sur la rive droite de Paris est édifiée entre 1190 & 1209, celle de la rive gauche entre 1200 & 1215 ( moins urbanisée). En effet, avant de partir pour la troisième croisade le Roi veut une enceinte afin de protéger Paris.

Les fortifications avait une longueur de 2600 Mètres sur la rive droite et au pied de ces dernières était creusé un fossé. Plus tard les fortifications seront englobés par l’enceinte de Charles V (1356-1383). De nos jours des vestiges visibles de l’enceinte Philippe Auguste se trouvent rue des jardins Saint Paul.

1280px La tour de Nesle et le pont Neuf 1024x498 - Le béguinage de Paris
La tour de Nesle et le pont neuf par Jacques Callot

L’on sait que le mur d’enceinte était muni d’un chemin de ronde et mesurait entre 6 et 8 mètres de hauteur. Il possédait 77 tours semi-cylindriques et quatre grandes tours de 25 mètres de hauteurs et 10 mètres de diamètre ( Tour du coin, tour de Nesle, Tour Barbeau et Tour de la Tournelle). La rive droite de Paris était accessible par six portes principales.

enceinte philippe auguste rive droite 717x1024 - Le béguinage de Paris
Enceinte Philippe Auguste à Paris – XII siècle

Qui soutient financièrement les béguines ?

Saint Louis était un roi qui soutenait les ordres mendiants et les béguines. Il fonda des hôpitaux pour les pauvres, un couvent pour les anciennes prostituées de Paris. Le béguinage de Paris est donc fondé en 1264 par Saint Louis et à pour modèle celui de Gand de Sainte Elisabeth fondé en 1234 en région flamande(Belgique).

Les femmes qui vivent au béguinage peuvent être des veuves, des épouses de chevaliers morts en croisade, des jeunes filles de la noblesse sans dot, des femmes pauvres, malades… La plupart d’entre elles subsistent par leurs travail ( couturière, tisserande, lavandière, enseignement, aide-malade…) d’autres beaucoup moins nombreuses par la mendicité.

Après le règne de Saint Louis, le Roi Philippe III puis le Roi Philippe le Bel continueront le financement des béguinages. Les pensions allouées aux communautés étant distribuées par des chanoines.

Les ennemis et les amis des béguines

Les béguines suscitent pour certains le respect, pour d’autres la moquerie, voir la peur. Ainsi des hommes d’église comme l’évêque de Cambrai fait brûlé le livre de la béguine Marguerite Porete « Le miroir des âmes simples et anéanties » à Valenciennes. Cette dernière brûlera vive sur le bûcher quelque temps plus tard le 1 juin 1310 sur la Place de grève à Paris.

Rutebeuf,  pôete du moyen-âge, se montrera ironique et irrespectueux envers les béguines avec « Le dit des béguines »:

 

« Quoi que puisse dire une Béguine,
prenez-le tous en bonne part :
Tout est religion
de ce qu’on trouve dans sa vie.
Sa parole est prophétie,
si elle rit, c’est pour être sociable,
si elle pleure, c’est par dévotion,
si elle dort, elle est en extase,
si elle songe, c’est une vision,
si elle ment, n’en croyez rien,

Si une Béguine se marie,
c’est là son genre de vie à elle :
ses vœux, sa profession
ne sont pas pour toute la vie.
Cette année, elle pleure, cette année elle prie,
et cette année elle prendra un époux.
Tantôt elle est Marthe, tantôt elle est Marie,
tantôt elle se garde, tantôt elle se marie.
Mais n’en dites rien que du bien :
Sinon le Roi ne le souffrirait pas. »

Rutebeuf, Le dit des béguines

 

S’il y a des détracteurs des béguines, elles ont aussi leurs protecteurs et amis. Outre les trois Rois cités plus haut, à savoir Saint Louis,  Philippe  III et Philippe le Bel , il faut mentionner également le prêtre Jacques de Vitry et Thomas de Cantimpré, l’evêque Aldolphe de la Marck, l’abbé Césarius de Heisterback, Maitre Eckart, le pape Grégoire IX, le moine Franciscain Ratisbonne…

 

Décret du concile de Vienne de Clément V contre les béguines

Le pape Clément V jusqu’ici favorable au mouvement béguinal est inquiet face à toutes ces hérésies qui traversent le pays (cathare, Vaudois, le procès des Templiers…). Il a notamment peur des « frères du libre esprit ». En ce sens il écrit un décret le 21 mars 1314 au concile de Vienne qui abolit purement et simplement le statut des béguines.

« Leur mode de vie est remis en cause, leur habit qui ressemble parfois à celui des nonnes, les liens privilégiés qu’elles entretiennent avec certains frères…Elles alimentent une confusion malhonnête se font passer pour des religieuses alors qu’elles n’ont pas de règle, ne doivent obéissance à personne et conservent la gestion de leurs biens. »

Extrait La nuit des béguines d’Aline Kiner

Ce décret sera publié seulement en 1317 par le pape Jean XXII successeur de Clément V. Le statut des béguines est condamné. Cependant une formulation de phrase à la fin du décret et pour le moins ambiguë semble laisser une porte ouverte…

« Il n’est pas interdit aux femmes pieuses, qu’elles aient fait voeu de chasteté ou non, de vivre honnêtement dans leurs maisons et d’y servir Dieu dans un esprit d’humilité ». »

Tout ceci est assez obscure et c’est au bon vouloir des autorités locales de maintenir ou non les béguinages…

Dès novembre 1317, le béguinage royal de Paris est fermé. Sous le roi Charles IX une tentative de réouverture s’opère avec une réglementation beaucoup plus rigide. En 1470 l’on sait qu’il tombe en ruine et en 1471 Louis XI le donne aux Franciscains des filles de l’Avé Maria d’ou le couvent du même nom. Les dernières béguines se fonderont parmi elles. En 1485 il est occupé par les sœurs pauvres de Sainte Claire, ordre relativement rigoriste. A partir de là on ne retrouve plus d’archives sur le béguinage royal de Paris.

Sources :

  • La nuit des béguines d’Aline Kinner
Aline Kinner, la nuit des béguines
Hommage à Aline Kinner

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