Giotto - St François d'assise renonçant a ses vêtements
Histoire,  Moyen-âge XIV siècle

Jeanne Daubenton

 

 

Jeanne Daubenton  ou Johanne Cestaud est née le 6 juillet 1337 à Aubenton. Son sobriquet était Pieronne. Elle fut torturée à la prison du châtelet, puis brûlée vive  pour hérésie, place de grève ou place des Pourceaux  à Paris le 26 juillet 1372.

A cette période de l’histoire, au XIV siècle, les sectes hérétiques pullulent en France. Les abus du clergé, et le matraquage fiscal  ( financer la guerre contre l’Angleterre, magouille des officiers dans le but de s’enrichir), font que beaucoup de paysans se révoltent.

Le courant de pensée du mouvement « du Libre esprit » inspire de nombreuses communautés. 

Et il n’est pas rare de mélanger gaiement ces différents mouvements qu’étaient les béguines, les Turlupins, les Adamites, la fraternité des pauvres… C’est ainsi, que le sobriquet Turlupin était employé à tout va pour désigner une personne appartenant à ces mouvements et critiquant le clergé et les puissants.

Jeanne ou Pieronne a ainsi été assimilée à la secte des Turlupins. Pourtant , tout porte à croire qu’elle faisait partie de « la Fraternité des pauvres »…

Au village d’ Aubenton dans le département de  l’Aisne, son village natal, Jeanne était bergère. Dans cette commune existait également une autre communauté Spirituelle, celle des Béguines.

Donc, Jeanne a pu se familiariser rapidement et facilement aux idées du mouvement Chrétien Béguinal installé dans son village. A savoir que les règles de vie étaient beaucoup plus souples que pour des moniales obligés de respecter l’obligation de clôture. 

Les béguines étaient libres de mouvement, souvent elles travaillaient comme institutrices, infirmières, aide-malade, couturière…Elles pouvaient s’adonner à l’art ( peintre, musicienne…). Elles se définissaient comme des religieuses mendiantes, souvent ayant fait vœu de pauvreté ou de chasteté. Elles n’étaient pas soumises à la tutelle des autorités ecclésiastiques et donc étaient libres de penser, de lire, de prêcher les évangiles et de les comprendre…. comme elles l’entendaient. 

Nombres d’ordres mendiants co-existaient donc à cette époque trouble et agitée de l’histoire et Jeanne Daubenton choisie celui de la Fraternité des pauvres.

La fraternité des pauvres naît en 1357 à Turin en Italie. Son objectif était d’informer le peuple sur les dérives de l’église, (relâchement de certains religieux) et la spoliation des biens du peuple par les puissants ( financement de guerre, impôts…). La défense des pauvres, l’égalité entre tous.

L’on sait que Jeanne prêchait contre le conflit qui sévissait alors entre le Roi Jean II de France et Edouard III Roi d’Angleterre, petit-fils de Philippe Le Bel et prétendant au trône de France. Elle prêchait pour la paix en France. 

C’était donc en premier lieu une dissidente politique !

En effet, la guerre de cent ans ( 1337 à 1453) a littéralement plongé le peuple dans la misère avec pléthores d’impôts ( impôts royals, impôts locals, redevances seigneuriales, gabelles…). A cela s’ajoute, les épidémies (la peste), des hordes de routiers qui pillent et massacrent les villageois. 

Chroniques sire JEHAN FROISSART - Jeanne Daubenton
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Tard-Venus ou routiers XIV siècle

Au niveau social, elle prônait l’égalité pour tous,  la liberté vestimentaire et il me semble ( je peux me tromper ) qu’il n’existe pas de preuve formelle ( source ?) ou elle prône une nudité totale dans la société . En effet,dans « les chroniques des règnes de Jean II et de Charles V tome II P 164« , il est dit : « Les bégards et turlupins se vêtaient d’une façon bizarre ». Or, s’il se vêtaient d’une façon bizarre c’est qu’ils n’étaient pas nus … ! 

De plus, dans nombre de chroniques des villes ou elle est mentionnée, aucune ne l’accuse de se balader à poil !!!

 

Chronique des archives de Vervins de 1357 :

Le dimanche 14 avril 1357,

« Massacre de femmes à la verte vallée. Des femmes ont fait guerre à des brigands. Jeanne Dural ( son nom d’épouse ) rabat les brigands dans leurs tanières…Les brigands ont pris la fuite ! »

Ici Jeanne fait preuve de courage en venant à la rescousse de femmes se faisant attaquer par des brigands, routiers ?

 

Chronique des archives de Saint Etienne 7 juillet 1365 :

« Il y a des gens qui se mettent complètement nue dans une ville de Savoie et ils se revendiquent de Jeanne Cestaud ou Jeanne Daubenton. Et nous demandons d’intervenir de suite pour que ces hérétiques soient dans une situation plus digne. Nous avons maintenant des gens qui font de plus en plus des choses non conformes. Il va falloir faire le nécessaire pour les mettre dans le droit chemin ».

Ici, l’on parle de gens… et non de Jeanne elle même.

Et si il est indéniable que son oeuvre « Le parchemin de vie » ou d’esprit circule en Savoie grâce à son père, cela ne prouve pas qu’elle prône le naturisme en société. Je ne trouve aucune information de ce parchemin sur le Web. Aussi, sans preuves, sans sources, sans écrits, il est facile de l’accuser d’inciter les gens à la nudité…

Chronique de la ville de Beauvais 4 décembre 1365 :

« Jeanne Daubenton prendrait les gens pour des sottes gens en leur disant qu’elle était la femme la plus belle du monde et qu’elle ferait tout pour y rester ! Elle disait qu’elle occirait celles qui oseraient la défier par son regard malicieux ! Nous serons obligés d’interdire sa présence dans la ville de Beauvais ! »

C’est curieux… Ici on interdit la présence de Jeanne dans la ville de Beauvais non pas parce qu’elle est nue ou qu’elle prêche la nudité mais pour une histoire abracadabrantesque de bonnes femmes !

Elle devait certainement gênée beaucoup de gens en dénonçant au peuple les magouilles  des puissants du conflit France/Angleterre.

Chronique des archives de Tours 1372 :

« Pieronne d’Aubenton exposée devant la basilique Saint Martin de Tours devant le peuple de France. Comme une tigresse aux cheveux roux, elle hurle comme un animal devant la croix du Christ ! Elle gémit de douleur ».

Dans ce passage, il est fort probable qu’elle soit sur le chemin de Paris en route pour le bûcher puisqu’elle y brûlera vive le 26 juillet 1372.

 

Chronique de la ville de Paris 1372 :

« Il y a une femme qui est en une charrette et qui va être exécutée. Elle a pour nom Pieronne Daubenton. Elle est en cette charrette pour être mise au bûcher par ce qu’elle a dit des choses aux sujets très graves sur des gens de toutes sortes….des choses forts malhonnêtes…..elle est en un état de maladie…elle est en un état terrible….elle est traumatisée….personne ne lui donne de véritable soutien….nous avons mis ses cendres jetés à la Seine. »

Ici, Jeanne est décrite en très mauvais état physique puisque torturée et en très mauvais état psychique comme « traumatisée ». Son compagnon est mort pendant la torture le 17 juillet et elle a due subir de durs sévices. L’inquisiteur se nommait Jacques De Morey, de l’ordre des frères prêcheurs Dominicain, originaire de Bourgogne.

Les pensées qui lui sont attribuées :

  • L’idéal Chrétien est la pauvreté 
  • L’importance des oraisons , communion intérieure sans intervention de l’église
  • Faire le bien autour de soi
  • Il n’y a nul pêché à satisfaire toutes ses passions QUAND elles sont honnêtes et tous les désirs des sens LORSQU’ILS SONT LEGITIMES.

Rien n’incite à la débauche dans ces phrases.

 

Jeanne Daubenton prédicatrice en France

 

Elle fut l’auteur, aidé par son mari qui était clerc, donc lettré, et qui s’appelait Dural, du parchemin de vie ou de l’esprit en 1350 ( dont je n’ai retrouvé aucune trace sur le web). Elle vivait alors à Landouzy, Plomion.

En 1361,une famille Savoyarde met soi disant en pratique ces pensées  et se promène nue dans une ville au nord de Chambéry… A savoir que le parchemin de Jeanne avait voyagé jusque là par l’intermédiaire de son père Savoyard  né à Thonon les Bains.

En 1360, alors bergère au village de Bancigny, elle devint prédicatrice avec son compagnon de la fraternité des pauvres. Et c’est sur la route, dans différentes villes de France ( Laon, Compiègne, Paris, Amiens, Beauvais, Rouen, Lille, Reims, Troyes, Bar le Duc…) qu’elle prêcha pendant des années. 

En 1360 on la retrouve à Paris avec ses deux filles et son compagnon. En Août 1365 elle est prisonnière à la prison de la conciergerie pour cause de propagande faite à son domicile. Elle fût libérée le 28 Août et quitta Paris pour Amiens.

C’est en 1369 qu’elle revint dans son village natal Bancigny avec son compagnon. 

 

Le 2 Juin 1372 devant le parvis de la basilique Saint Martin à Tours, elle est apparemment d’après une chronique,  exposée au yeux du  peuple « comme une tigresse au cheveux roux, elle hurle de douleur… »

Le 22 juin 1372, elle revient avec son compagnon à Paris, prisonnière dans une charrette afin d’être soumise à un interrogatoire et à la torture à la prison du châtelet. Son compagnon meurt le 17 juillet 1372 sous la torture et son corps est enfermé dans un tonneau (?) .

Le Grand Châtelet vu depuis la rue Saint Denis 1800 - Jeanne Daubenton
Prison du Grand châtelet à Paris vers 1800

Quant à Jeanne elle fut brûlée vive le 26 juillet, place de grève ou place des pourceaux devant le Roi de France Charles V. Ses deux filles lui survivent.

Et c’est en 1373, soit plus de 23 ans après l’écriture  « Le parchemin de vie »  de Jeanne Daubenton qui soi-disant encourage la nudité en société, des mœurs  décadentes contraire à une vie chrétienne , que le Pape Grégoire XI demande au comte Amédée VII de faire interdire l’usage de la nudité dans les rues.

 

En m’intéressant à ce personnage historique du XIV siècle et à ses idées ( qui restent assez flou si ce n’est qu’elle appartenait à la fraternité des pauvres dans la mouvance du libre esprit) que l’on assimile trop facilement à mon goût au naturisme, je me suis rendue compte que beaucoup d’informations fausses et incohérentes ( prédicatrice des turlupins par exemple) circulaient sur son compte. ( comme Marguerite Porête, Hadewich d’Anvers...) En cela , merci à Vincent Thouvenot qui lui a fait des recherches historiques sourcées .

Cette femme était avant tout active au niveau politique !

Elle dénonçait la spoliation des richesses du pays au profit des puissants, la guerre de cent ans qui a permis à certains de s’enrichir considérablement. Je pense qu’on a voulue la faire passer pour une hérétique qu’elle n’était pas, pour une folle aux mœurs dissolues, salir sa mémoire afin de tourner en dérision ses propos. Procédé classique depuis la nuit des temps…

Ces écrits ne sont pas parvenus jusqu’à nous (?) et cela est bien dommage. Le mystère qui se cache derrière ce personnage reste donc entier.

 

Sources : Vincent Thouvenot sur Wikipédia qui s’appuya sur les chroniques de Paris, de Beauvais, d’Amiens…,  les archives de Tours.

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