Hildegarde de Bingen
Histoire,  Moyen-âge XII siècle

Hildegarde de Bingen

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Hildegarde de Bingen est une figure féminine spirituelle importante de l’époque médiévale, plus précisément du XII siècle. Religieuse Bénédictine, guérisseuse, médecin, musicienne, savante et prophétesse, femme de lettres poétesse, elle voyage beaucoup et à de nombreuses correspondances avec les puissants de son époque.

Le XII siècle en Occident est une époque de liberté pour les femmes. Le statut social de la gent féminine à cette époque était beaucoup plus libre qu’on ne le pense. Les femmes pouvaient être chirurgien, médecin comme Trotula de Salerne en Italie qui fut même directrice de l’école de médecine à Salerne.

Hildegarde est née dans ce contexte le 16 septembre 1098 à Bermesheim en Allemagne. Elle est issue d’une famille de la très haute aristocratie Allemande ( voir le livre de Pascale Fautrier « Hildegarde de Bingen un secret de naissance »). C’est l’époque de l’amour courtois, des troubadours, des Minnesanger en Allemagne. Dès son enfance elle a des visions. Ce ne sont pas des extases car elle reste en pleine conscience mais plutôt des inspirations divines. Elle est de santé fragile, c’est une petite fille délicate. Ses parents Hildebert et Mathilde l’emmènent au monastère de Disibodenberg (vallée de la Nahe) vers l’âge de ses huit ans, comme il est souvent coutume dans les familles nobles afin de parfaire son éducation, et la confie à Jutta Von Sponheim, une abbesse de noble naissance.

L’éducation à cette époque commence par le chant, elle apprend donc les psaumes qui lui permettront par la suite de savoir lire et écrire et certainement le latin.
Elle apprend également la musique avec le décacorde. L’on sait grâce à « La vie de Jutta » son instructrice qu’elle vécut en recluse avec elle en 1112 à coté de l’église du Disibodenberg. Jutta avait alors 20 ans, Hildegarde 14 ans. Suite à cette expérience naquit un double monastère, c’est à dire un couvent de religieuses Bénédictines mêlée à un couvent de Bénédictins.

Ayant une grande confiance en Jutta , elle lui confie qu’elle a des visions . Cette dernière décide d’en référer au moine Volmar.
Celui-ci se révélera être un ami et confident précieux pour hildegarde tout au long de sa vie et recueillera plus tard par écrits ses visions.

A la mort de Jutta en 1136 qui était l’abbesse du couvent, Hildegarde lui succède. Cette période sera très douloureuse pour Hildegarde qui perdra une véritable amie, une sœur. Hildegarde a alors 40 ans et commence avec Volmar a retranscrire ses inspirations divines. Elle mettra 10 ans à écrire son premier livre « Le Scivias » ou « Connais les voies » qui est un traité sur la création du monde et de sa chute. Les 26 visions d’Hildegarde dans le Scivias sont inspirés par l’apocalypse de Jean et les miniatures du Béatus de Liebana moine d’Andalousie du VIII Siècle qui est un commentaire de l’Apocalypse avec des enluminures.


Le Scivias

Traité de la création du monde, de sa chute et du Royaume de Dieu achevé vers 1151 après la deuxième croisade (1147-1149). Il est composé de 26 visions ou inspirations divines d’Hildegarde et de 14 chants. Dans ce traité comme dans les autres d’ailleurs il n’y a pas de prédiction temporelle ni spatiale, c’est un langage spirituel, hermétique. C’est l’oeuvre la plus connue d’Hildegarde à l’époque.

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Hildegarde recevant l’inspiration divine, Scivias
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3ème vision de la première partie ,Scivias
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Enluminure du Scivias Hildegarde de Bingen
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Enluminure du Scivias Hildegarde de Bingen
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Enluminure du Scivias Hildegarde de Bingen
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Enluminure du Scivias Hildegarde de Bingen
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Enluminure du Scivias Hildegarde de Bingen
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Enluminure du Scivias Hildegarde de Bingen
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Enluminure du Scivias Hildegarde de Bingen
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Enluminure du Scivias Hildegarde de Bingen
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Enluminure du Scivias Hildegarde de Bingen
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Enluminure du Scivias Hildegarde de Bingen
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Enluminure du Scivias Hildegarde de Bingen

Hildegarde interroge nombre de ses contemporains et en tout premier lieu le haut clergé de son époque. C’est ainsi qu’en 1147 à Trèves se déroule une réunion d’évêques, de cardinaux, le pape de Rome est présent ainsi que Bernard de Clairvaux et l’on y parle du cas d’Hildegarde de Bingen, de ses visions… L’église se méfie des mystiques, de ceux qui ont un accès direct à Dieu.
Le pape désigne alors deux prélats pour élaborer une enquête sur Hildegarde.

Suite à la visite des deux moines au monastère d’Hildegarde, le pape donne son approbation et dans la foulée accepte le transfert des 18 religieuses du monastère de Disibodenberg vers Bingen.


En effet, Hildegarde a reçu une vision lui intimant l’ordre de construire un monastère à Bingen , le Rupertsberg. Et même si les moines partageant le monastère de Disibodenberg ne voit pas d’un bon œil ce déménagement, il se fera grâce à la bénédiction du Pape.
Bernard de Clairvaux, moine cistercien, ami d’Hildegarde aurait été d’un grand soutien dans toute cette histoire …

Ce couvent est de nos jours en ruine, il ne reste que des fondations. Le Rupertsberg sera par la suite abandonné à son tour pour l’autre coté du Rhin dans un monastère à Eibingen (1165).

Ce monastère est toujours présent, cliquez Ici

Entre 1158 et 1163 elle écrit « Le livre des mérites de vie » qui traite du Messie et de l’église, des vices et des vertus, du triomphe de la divinité. Un ouvrage sur la médecine avec « les causes et les remèdes » ou elle aborde l’enfantement, la physiologie des règles, le plaisir sexuel, le désir, les semences féminines et masculines.Et un autre sur les sciences naturelles avec le livre des« subtilités des créatures divines », Physica.

Concernant l’élaboration de ses écrits, excepté le moine Volmar, Hildegarde a une secrétaire particulière Richardis à qui elle est très attachée, mais Richardis est élue Abbesse du monastère de Saxe et quitte Hildegarde en 1151. En 1152 soit un an plus tard Richardis décède (de chagrin ?).

Elle écrit «Le livre des œuvres divines» de 1163 à 1174, et y mentionne un nouveau concept la « VIRIDITÉ » terme propre à elle qui veut dire « puissance de vie » en d’autre terme le Chi, l ‘énergie vitale présent en tout être vivant . Pour Hildegarde toute maladie physique ou mentale/spirituelle est porteuse d’un message. Le corps, l’âme et l’esprit sont indissociables. Les maladies sont donc la cause d’une souffrance de l’âme.Elle parle d’énergie positive et d’énergie négative pouvant influer sur la santé. Elle rejoint en ce sens bien avant l’heure des travaux de scientifiques de notre époque !

Hildegarde a été une femme spirituelle et savante et qui plus une des plus renommée de la période médiévale. Elle était abbesse, mystique, mais aussi auteure de traité sur les minéraux, sur les plantes, la science naturelle, la médecine, la musique avec la composition de 77 chants liturgiques et d’un drame liturgique « Ordo Virtutum ».

De nos jours le mouvement New-age reprend à son compte et comme cela l’arrange l’estampille Hildegarde de Bingen à toutes les sauces ! Beaucoup de produits dérivés qui ont peu à voir avec l’abbesse ( tee-shirt, livre de cuisine, objets en tout genre…) se retrouvent dans le commerce. Hildegarde serait même une féministe avant l’âge ! Si effectivement elle avait un rapport bienveillant au corps de la femme, qu’elle était coquette, portait des bijoux (siècle de l’amour courtois qui honore et chante la beauté féminine) on a tendance à oublier qu’elle était profondément chrétienne et théocrate (dieu au dessus de tout). Elle était certes pour la liberté de la femme au niveau culturel et social (en notant qu’elle avait quand même un moine, Volmar qui écrivait ses textes), cependant elle n a jamais prôné l’émancipation féminine.

Et c’est parce que Dieu fut engendré par une femme que la femme est la créature bénie entre toutes.

Le corps de l’Homme au sens large du terme pour elle n’était pas vu comme une enveloppe sale ou démoniaque. Elle prêcha d’ailleurs avec véhémence contre les cathares qui eux se représentaient le corps comme une prison à laquelle il fallait échapper (refus de procréation, rude ascèse alimentaire…).

Elle était également contre les pénitences charnelles (flagellation, ascèse drastique) que s’infligeaient certains catholiques ou mystiques comme son amie Elisabeth de Schonau

Dans un autre registre, car elle avait plusieurs cordes à son arc elle fut également la créatrice d’une langue écrite et parlée ou plutôt d’un lexique
(puisqu’il n’avait pas de syntaxe) de 1 milliers de mots avec son propre alphabet : la Langua Ignota

Pourquoi la création d’un lexique ? Cryptage d’information, de correspondances ? Glossalie ? Langue adamique ?

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Hildegarde de bingen- La langua ignota

Mystérieuse Hildegarde… Toutes les connaissances acquises par cette abbesse peuvent sembler prodigieuses . Mais il ne faut pas oublier qu’a cette époque l’obligation de clôture n’existe pas encore, les religieuses peuvent voyager, sortir hors du monastère. De plus, elle correspondait avec les plus grands de son époque ( Bernard de Clairvaux, Fréderic l’empereur dit Barberousse, Anastase IV, Conrad III) et pouvait ainsi obtenir des livres, des manuscrits.

Elle prêcha 4 fois en public ce qui était plutôt rare pour une femme. Cependant il faut noter que la spiritualité féminine est en plein essor à cette époque avec l’ouverture des couvents Cisterciens aux femmes par la volonté de Bernard de Clairvaux, promoteur du culte mariale.

Elle s’éteint en septembre 1179 à Rupertsberg à l’âge de 80 ans et , est proclamée 4ème femme Docteur de l’église en 2012. Toute son oeuvre est compilée dans le Riesencodek. Elle inspire aujourd’hui les médecines douces avec la naturopathie, des livres lui sont dédiés, elle représente indiscutablement une figure de proue féminine de la spiritualité chrétienne médiévale.


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Riesencodex Hildegarde de Bingen


Sources :

  • Hildegarde de Bingen, Régine Pernoud
  • Laurence Moulinier, historienne, spécialiste d’Hildegarde de Bingen

Un film Allemand sur Hildegarde de Bingen a été réalisé en 2009 par Margarethe Von Trotta : Vision.

Il n’ a pas été distribué en France, le voici ci-dessous en Allemand sous titré Français.

Concernant les œuvres musicales d’Hildegarde , le groupe Sequentia a obtenu un disque d’or dans les années 1990.

ecstasy, Hildegarde de Bingen- Séquentia

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