Memling c Musea Brugge - Hadewijch d'Anvers
Christianisme,  Histoire,  Lecture,  Moyen-âge XIII siècle

Hadewijch d’Anvers

Partager cet article :

Hadewijch d’Anvers est une mystique, une visionnaire, une prophétesse, et une poétesse née vers 1200 dans les environs d’Anvers en Belgique et décédée dans un lieu qui nous est aujourd’hui inconnu. En effet, nous savons très peu de choses sur cette femme. Apparemment elle était issue d’un milieu aristocratique puisqu’elle parlait bien sûr le néerlandais mais également le latin et le Français. Elle intégra la communauté des Béguines dans la région du Brabant ou du moins en était très proche.

anvers - Hadewijch d'Anvers

Qu’est-ce qu’une béguine ?

Une béguine est une femme souvent célibataire ou veuve ( parfois marié avec enfants…) habitant seule et ne dépendant pas d’un mari, d’une communauté religieuse, d’un curé. Les béguines se regroupaient au sein de ce que l’on appelle un béguinage, c’est à dire de petites maisons regroupées autour d’une église. Elles vivaient ainsi ensemble mais chacune chez elle, dans une sorte d’enclos mais un enclos ouvert sur le monde car elles sortaient comme elles l’entendaient. Cependant, il existait également en ville des rues, des quartiers, entièrement habitées par des béguines.

dff30a5e9535bf9f306ec41707a8e4fa - Hadewijch d'Anvers

Le mouvement béguinal apparaît à la fin du XII siècle en Europe du nord ( Belgique, Pays-Bas, Allemagne…) et est exclusivement féminin. Son origine véritable nous est de nos jours encore inconnue. Plus tard apparaîtra les Béghards, pendant masculin des Béguines. Ce mouvement Chrétien se veut indépendant des autorités ecclésiastiques de l’époque. En effet, les béguines ne font partie d’aucun ordre religieux, d’aucun monastère. Elles sont le plus souvent indépendantes financièrement même si certaines d’entre elles mendient leurs subsistances. En général elles exercent divers métiers, aide-malade dans les hospices et léproserie, couturière, l’enseignement, copiste, lavandière…

Elles lisent les écritures, les commentent , ce qui agace profondément le clergé , reçoivent les sacrements mais sont laïques. C’est un courant spirituel du Christianisme Européen. L’intériorité est primordial pour elle.

Au début du mouvement, les béguines étaient pour la plupart des aristocrates et donc lettrées et instruites. Mais au fil des années, beaucoup de femmes du peuple viendront au sein des béguinages.

Chaque béguinage fixe ses propres règles sous l’égide d’une « grande dame » élue pour un temps donné. Les béguines sont libres de travailler, de s’habiller comme elles l’entendent …

Silvana Panciera, les béguines

Qui est la béguine Hadewijch d’Anvers ?

Les informations sur sa vie qui nous sont parvenues viennent de sa correspondance. Ses œuvres, ses écrits ont été transmis, recopiés au cours des siècles par des chanoines, des chartreux, des bollandistes.

C’est au XIX siècle que l’on a découvert à la bibliothèque royale de Bruxelles deux manuscrits d’Hadewijch de poésie médiévale datant du XIV siècle.

Au XX siècle un jésuite, le père Van Mierlo, professeur à l’université de Louvain édite et commente l’oeuvre de la béguine. L’on commence alors à redécouvrir Hadewijch d’Anvers. Car il faut noter que contrairement à d’autres béguines il n’existe pas de biographie d’Hadewijch.

L’on sait d’après ses écrits qu’à l’enfance et vers ses 18 ans elle éprouve des extases ineffables, un amour violent pour Dieu. « DIEU », terme qui va petit à petit se modifier pour se transformer en le mot « AMOUR ». Elle parlera désormais uniquement de cet AMOUR ou comme elle l’appelle la « MINNE ».

Tout ce que l’on sait sur elle est inscrit dans ses correspondances ou bien n’est que pure déduction. Ainsi nous ne savons rien de son apparence physique mais, d’après ses écrits, nous savons qu’elle était de nature passionnée, d’une très forte personnalité, solitaire, et de lignée probablement aristocratique puisqu’elle connaissait le latin et le Français. Elle lisait le cantique des cantiques, l’apocalypse de Saint Jean, les écrits de Saint Bernard de Clairvaux, d’Augustin d’Hippone, et les récits de la littérature chevaleresque et de l’amour courtois. Elle célébrait la beauté de la nature ( des fleurs, des oiseaux, des étoiles…), pour elle la beauté était partout. Elle n’était pas attirée du tout, du tout par les flagellations en tout genre, les jeûnes drastiques etc. Hadewijch préférait la joie, la beauté et ne reniait pas la chair…

« Sous la forme virile, doux et beau dans la riche splendeur de son visage, il vint à moi, si humblement comme un amant qui se soumet tout à l’autre…S’avançant vers moi, il me prit toute en ses bras et me serra contre lui.; et tous mes membres sentirent les siens dans la plénitude que j’avais désirée de cœur, selon ma propre humanité. »

Visions, extrait

Les poèmes de la béguine tourne autour de l’amour de Dieu soit « Minne » et s’inspire des chansons, des poèmes de l’amour courtois ou du Fin’ Amor. Ainsi « Dieu » ou le « Christ » se retrouve dans la position de l’amant, du chevalier et Hadewijch dans celle de la Dame. C’est une mystique nuptiale, le but suprême est de se joindre à l’être divin.

Des Trobairitz du XII et XIII siècle, troubadour de la gent féminine, célébraient l’homme dont elles étaient éprises. Hadewijch semble s’ être inspirée des poèmes et Canso de Béatrice de Die, d’Azalais de Porcairagues, de Marie de Ventadour… Mais aussi du Cantique des cantiques.

« Mon coeur, mes artères et mes membres tremblaient et frémissaient de désir, et comme souvent je sentais en moi-même dans une tempête terrible ,que si je n’étais tout entière à mon bien aimé, s’il ne m’emplissait enfin de lui même, cette agonie me rendrait folle et cette fureur me ferait mourir. »

L’église elle, rejette l’Eros et le considère comme un péché. Le mariage doit avoir pour but la procréation et non le plaisir. D’où une certaine méfiance du clergé vis a vis de cette mystique. Elle était trop sensuelle et l’église ne tolérait que la voie ascétique.

La béguine est mordante, piquante quand elle parle des soi-disant croyant et peut-être bien du clergé … Pour elle il ne suffit pas d’aimer Dieu et de le dire, IL FAUT LE VIVRE ! Ceux qui n’ont aucune connexion au Divin sont à ces yeux « DES RAMPANTS » des tièdes, des médiocres.

Pour cette mystique « il faut se laisser choir dans l’abîme de Dieu ». La désappropriation de soi est une nuit sans repères mais l’une des voies obligatoire avec entre autre celle de la mystique de l’essence (identification) pour celui ou celle qui désire l’union à Dieu ou AMOUR. Maitre Eckart, Jean de la Croix en parleront plus tard.

Sa mystique se résumait à rien n’exclure, tout était transformable par la grâce de l’AMOUR. Tout donné à l’AMOUR, accepter les souffrances, les manques mais toujours dans la joie et l’amour.

« Quiconque veut aimer en vérité, qu’il ne garde rien pour lui »

Sa nostalgie de l’amour ou de « Dieu » était ressentie par elle comme un cruel manque. Elle n’avait de cesse de s’élever vers la « Minne », la lumière, l’amour. Dans ses extases, elle parlait de « fruition », terme pour définir la jouissance avec l’amant divin. Elle était humaine et ne rejetait pas cette humanité avec tout ce que cela comporte au niveau de la sexualité.

Dans sa correspondance avec d’autres béguines on retrouve les recommandations suivantes :

  • Méditer les écritures
  • Se recueillir sans intermédiaire, relation directe avec Dieu ou la Minne
  • Rectitude et confiance totale en l’AMOUR ou LA MINNE

« Ou est l’amour jamais ne manquent les grands travaux, ni les peines douloureuses »

« Les peines d’amour sont un pur trésor »

Sa mystique est dans la joie non dans la souffrance et la plainte.

Les œuvres d’Hadewijch d’Anvers sont écrites en langue vernaculaire ( néerlandais) et non en latin ce qui déplut fortement à l’époque aux autorités ecclésiastiques :

  • 31 lettres en prose
  • 16 lettres en rime
  • 45 chansons
  • 14 visions
Jacqueline Kelen – Hadewijch d’Anvers
Hadewijch d’Anvers – Émission de France culture de 1986

Le contexte de l’époque,XIII S

Au sein du peuple il y eut des moqueries, du rejet concernant ces béguines. Certains moines et prélats les traitaient de sorcières. C’était l’époque des cathares, des Vaudois, des frères libre du Saint esprit, des ordres mendiants qui voulaient s’émanciper de l’église. Les hérésies étaient nombreuses.

Pourtant des prêtres comme Jacques de Vitry, confesseur de la béguine Marie d’Oignies et Thomas de Cantimpré défendent vigoureusement les béguines. Le Roi Saint Louis en personne installe une communauté de Béguines en 1264 dans le quartier du marais à Paris.

Ratisbonne moine Franciscain les admire. En 1233 le Pape Grégoire IX demande qu’on les protège, Urbain IV fait de même en 1269, le pape Jean XXII également en 1319. En vain… Au concile de Vienne en 1311-1312 le pape Clément V édite un décret ruinant l’autorité spirituelle et l’autonomie des béguinages. A partir de cette période les béguines vont peu à peu disparaître ou se fondre dans les ordres religieux ( Bénédictines).

Pourquoi ses écrits ne sont connus que depuis le XIX siècle ?

Le prêtre Flamand Jan Van Ruusbroec ou Ruysbroeck (1293-1381) devenu un ermite s’inspire ou selon Jacqueline Kelen dans son livre « Hadewijch ou la voie glorieuse » plagie l’oeuvre de la béguine. La mère de Ruusbroec est elle même béguine.Le prêtre connait donc les écrits de ce mouvement et à même fréquenté des béguines à Bruxelles. D’après Jacqueline Kelen il est peu cultivé, rustre et ignore le latin. Il ne se prive pas de critiquer et de combattre les béguines qui sont pour lui des personnes « singulières », « orgueilleuses », « entêtées dispersées, incontrôlables ». A l’ âge de 50 ans il se retire dans la forêt de Soignes et écrit des œuvres qui connaîtront un certain succès. Là ou le bât blesse c’est que Ruusbroec s’approprie les thèmes et le vocabulaire d’Hadewijch sans jamais la citer. Son disciple Jan Van Leeuwen qui vivait avec lui évoquera Hadewijch en ces termes :

« Ainsi parle aussi une femme sainte et glorieuse du nom d’Hadewijch, vraie maîtresse de spiritualité. Car les livres d’Hadewijch sont certainement justes et bons, nés de Dieu et révélés par lui. Mais les enseignements de Hadewijch ne sont pas également profitables car nombreux sont ceux qui ne peuvent les comprendre… »

Jan Van Leeuwen, dit le bon cuisinier

En 1311-1312 le pape Clément V condamne le mouvement des béguines. Les écrits de la béguine Hadewijch circulent encore pendant un certain temps mais sentent le soufre. Ruysbroeck plus tard plagiera donc les œuvres , les thèmes de la béguine Hadewijch d’Anvers en omettant de citer sa divine inspiration.

De nos jours Hadewijch est présentée comme la précurseur de l’oeuvre de Ruusbroeck… Elle apparaît à nos yeux comme une femme très cultivée, courageuse, cherchant à chaque instant l’élévation spirituelle. Elle rejoint en ce sens une autre grande figure féminine du moyen-âge sa consœur Hildegarde de Bingen.

Sources :

  • Jacqueline Kelen , Hadewijch d’Anvers ou la voie glorieuse
  • Silvana Panciera
    Site : http://beguines.info

♣♣♣

Partager cet article :

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *