A medieval lady reading the poem Tristan und Isolde, by the poet Gottfried von Strassburg, the inscriptions shows the first line of the poem, Neuschwanstein Castle, Fussen. Germany, 19th century.
Aude,  Histoire,  Moyen-âge XII siècle,  Occitanie

Ermengarde de Narbonne

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Ermengarde de Narbonne était dans la seconde moitié du XII siècle la muse des troubadours, une des plus grande mécène de la région et accessoirement la vicomtesse de la ville de Narbonne. Sa renommée était grande et égalait à l’époque celle D’Aliénor d’Aquitaine ou de Richard cœur de lion. On le sait grâce aux  poèmes des troubadours qui peuplaient leurs cours et chantaient leurs louanges.

Il est difficile de comprendre aujourd’hui pourquoi Ermengarde qui était un personnage féminin relativement puissant et qui a marqué l’histoire de l’Occitanie n’est pratiquement pas mentionnée dans les livres d’histoire. Nous retrouvons sa trace dans quelques documents politiques, mais elle n’ a pas de biographie et n’est pas présente dans les chroniques monastiques.

En fait, les archives des vicomtes de Narbonne ont été déposées à la cour des comptes de Montpellier mais le bâtiment brûla en Août 1793, à la Révolution Française…

Lorsque l’on sait que même en Scandinavie dans les îles des Orcades au nord de l’écosse, Ermengarde était connu…

Pour preuve, un poète écrivit des vers en son honneur. Il racontait la traversée du comte Rognvald vers la terre Sainte et faisant escale à Narbonne. La reine de la ville, qui n’est autre qu‘Ermengarde le convia alors à un banquet :

« Il est certain, femme admirable, que ta chevelure est plus belle que celle de la plupart des autres femmes blondes. La femme laisse tomber sur ses épaules ses cheveux dorés comme la soie : J’ai rougi dans le sang, les serres d’aigles avides. »

 

 

Sa famille

Aimery II son père était vicomte de Narbonne de 1105 à 1134, et le principal allié de Raymond Béranger III ( son demi-frère) comte de Barcelone qui avait pour ennemi le comte de Toulouse et les Trencavel ( famille Héraultaise vers Béziers). Il décéda à la bataille de Fraga en 1134 ( bataille liée à la période de la Reconquista dues aux invasions Musulmanes entre le VIII et XIV siècle).

Ermengarde de Servian sa mère, était originaire d’un village Héraultais nommé Servian et issue d’une des familles Biterroise les plus puissantes après les Trencavel. Elle pourrait être la sœur d’Etienne de Servian ( Seigneur qui acceptait les cathares sur ses terres ). Elle fut répudiée par son mari vers 1126 ( en raison de son lien familial avec  les Trencavel ?) mais lui donna auparavant 3 enfants connus : 2 garçons et une fille. Les 2 fils décédèrent avant leur père et c’est donc naturellement qu’en 1134 à la mort d’Aimery II qu’Ermengarde prendra le titre de Vicomtesse de Narbonne.

Ermessinde est la deuxième femme d’Aimery II et lui donne une seconde fille, donc une demi-sœur pour Ermengarde . Cette demi-sœur se maria avec le comte Manrique de Lara, noble Castillan et eut de nombreux enfants dont Pedro Manrique de Lara , neveu d’Ermengarde et prétendant à sa succession étant donné que la vicomtesse de Narbonne n’eut jamais d’enfants. A force de manigance et de trahison envers sa tante, il deviendra Vicomte de Narbonne en 1192.

Narbonne au XII sous Aimery II & Ermengarde

 

Nous savons que sous le règne d’Aimery II des troubadours sont présents à la cour du Vicomte de Narbonne. En effet, dans les vers de Guillaume IX d’Aquitaine ( l’un des premiers troubadour et grand-père d’Aliénor d’Aquitaine) on retrouve mentionné le nom de la cour de Narbonne avec celle de Poitiers et de Ventadour.

Ermengarde à la suite de son père accueillera à sa cour nombre de troubadours et se fera mécène du Fin’Amor ou de l’Amour courtois. Certains disent que cet « Art » est apparu lorsque les croisés ( Templiers & Hospitaliers ) sont revenus de Jérusalem. L’inspiration en serait Orientale.

D’ailleurs la première (et la moins connue) constitution de l’ordre du temple fut signé le 13/12/1117 à Narbonne qui était le cœur de la Kabbale médiévale. 

En effet, à partir du IX siècle existait à Narbonne une communauté Juive relativement importante et une école talmudique. Les juifs participèrent activement au développement économique de la ville ( contact avec le monde Musulman, soierie, pierres précieuses…) et notamment avec le commerce des esclaves entre le monde de la Chrétienté et le monde Musulman. ( voir les Radhanites ) Narbonne étant un port de commerce important depuis l’Antiquité, les échanges commerciaux mais aussi culturels y étaient florissants.

 

Pour revenir à Ermengarde, elle apparaît souvent dans des chansons composées par des troubadours sous le pseudonyme de la « Dame de Narbonne » ou « Tort n’avez » (vous avez tort).

Des poètes ou troubadours comme Bernart de Ventadour, Peire d’Alvernhe, Girault de Bornelh ou Peire Rogier mais également sous la plume de la trobairitz Azalais de Porcairagues ont chanté ses louanges.

Le troubadour Peire Rogier chanoine de Clermont Ferrand fut pendant un temps très proche d’elle à la cour de Narbonne. Lui tenant compagnie, il composa également des chansons pour sa Dame. Mais pour faire taire les rumeurs, le qu’en dira t-on, elle le pria de partir pour d’autres contrées. Voici ci-dessous un de ces poèmes :

« Mon cœur est si plein de joie, que je ne peux m’empêcher de chanter, car la joie m’a nourri dans l’enfance comme maintenant. Sans elle je ne serai rien. Je vois que tout ce que les hommes font se dégrade, se déshonore, se diffame si l’amour et la joie ne le sustentent pas.

A mon « tort n’avez » en Narbonne, j’envoie mes salutations, bien qu’elle soit loin et qu’elle sache que je la verrai bientôt….Que le Seigneur qui a crée toute chose conserve son corps tel qu’il l’a fait, qu’elle maintienne mérite et joie vraie lorsque tous les autres les abandonnent. »

Peire Rogier

 

Les époux d’Ermengarde

 

Ermengarde à la mort de son père en 1134 prend donc le titre de Vicomtesse de Narbonne, elle est âgée d’environ 6 ans puisqu’elle est née vers 1127.

Héritage considérable car Narbonne occupe une place stratégique dans la région qui voit s’opposer « les comtes de Toulouse » et « les comtes de Barcelone »

Les puissantes familles de la région que sont les Seigneurs de Trencavel vers Béziers, les comtes de Rodez, de Foix, de Comminges et de Narbonne changent de camp régulièrement en fonction de leurs intérêts … 

Le comte de Toulouse dénommé Alphonse Jourdain devient le maître de Narbonne en 1139 avec l’appui de l’archevêque de Narbonne et de plusieurs Seigneurs des environs.

Ermengarde coincée va accepter certainement à contre cœur l’offre du comte de Toulouse Alphonse Jourdain de l’épouser le 21 octobre 1142. Elle est alors une adolescente d’environ 12/13 ans. 

Narbonne avec le premier mariage d’Ermengarde pourrait passer donc sous domination Toulousaine au grand désespoir de Raymond Bérenger IV de Barcelone cousin germain d’Ermengarde !

Une alliance entre les frères Trencavel, Guillaume le Seigneur de Montpellier, et le comte de Rodez est formée pour s’opposer à Alphonse Jourdain. C’est l’alliance Barcelonaise contre le comte de Toulouse.

En effet, ils n’avaient pas confiance dans le comte de Toulouse car les années précédentes leurs ancêtres respectifs avaient menés combat auprès de Phillipie et de Guillaume IX d’Aquitaine pour la prise de Toulouse !

Ces Seigneurs d’Occitanie avaient des liens familiaux avec la famille de Barcelone et des intérêts communs. Ils se liguèrent tous pour libérer Ermengarde de ce mariage !

Et en effet, un mois après ce mariage c’était la guerre, la région s’embrassa et Alphonse fut fait prisonnier. Obligé de renoncer à Narbonne et à Ermengarde. Le mariage fut donc dissous et on trouva un nouveau mari à la vicomtesse : Bernard d’Anduze

Bernard d’Anduze était un noble d’une famille importante du Languedoc , d’environ 40 ans, marié une première fois et était père de plusieurs enfants. Elle l’épousa rapidement et il disparut de sa vie tout aussi rapidement !

C’était un mariage de convenance. En effet, il était mentionné dans les actes de fidélité que si Ermengarde mourrait se serait sa demi-sœur Ermessinde qui héritait !

Elle était désormais marié … et donc ne subirait plus les demandes incessantes de mariage des comtes de la région. 

Sa demi-sœur Ermessinde épousa  elle le comte Castillan Manrique de Lara avec qui elle eut des enfants. Ce qui était un atout supplémentaire pour la maison de Barcelone contre les comtes de Toulouse !

En 1163 Ermengarde qui n’eut jamais d’enfants, fit venir Aimery l’un des fils d’Ermessinde afin de le former à sa succession, mais il mourut en 1177.  C’est alors un autre fils de sa demi-sœur qui arriva à la cour de Narbonne pour reprendre le flambeau. Malheureusement, il trahira sa tante et s’emparera de Narbonne ! Son nom : Pedro Manrique de Lara

 

 

Vie politique de Narbonne sous Ermengarde

La vicomtesse de Narbonne fit de nombreux voyages, déplacements entre la Catalogne et la Provence pour défendre ses intérêts, asseoir son pouvoir et ceux de ses alliés ( Maison de Barcelone).

Le Palais Vicomtal d’Ermengarde se trouvait près de la porte de l’eau,  d’ou l’on pouvait voir le palais de l’archevêque de l’autre coté de la place. ( A l’heure actuelle à peu près à l’emplacement du monoprix logé dans le bâtiment des « Dames de France »). La ville était entourée d’une enceinte fortifiée édifiée en 1086. Aux alentours se trouvaient des champs  (légumes, fruits) et des vignes. Entre la ville et la mer existaient des étangs et des marais, fief des saliniers et des pêcheurs. 

Ermengarde et les Seigneurs de Narbonne avant elle,  tiraient leurs ressources de la taxe sur le sel ( conflit d’ailleurs avec l’archevêque ), de la location des moulins sur le fleuve Aude, de la spéculation sur l’immobilier,des rentes rurales des villages alentours ( terres, maison ), d’une taxe sur la route du Roussillon ( péage pour protection des marchands et travaux de restauration des routes), de l’élevage des moutons, des impôts sur les paysans…

Mais elle était également propriétaire avec la famille Trencavel de mines d’or et d’argent situées à la jonction du Jaur et de l’Orb. ( cartographiée en 1164 et dénommée « La voute »)

Elle recevait de plus, les deux tiers des revenus miniers de l’abbaye de Villemagne. ( Villemagne l’argentière) En effet, dès le X siècle les ancêtres d’Ermengarde avaient autrefois fait des donations à l’abbaye. Cette région était riche en divers minéraux tels que l’ argent, le plomb, le cuivre aurifère, l’antimoine le soufre et le fer, tous exploités dès l’Antiquité par le Phéniciens et les Romains.

Mais le commerce de l’or était important aussi avec l’Espagne et les pays Arabes …

 

L’entourage proche, de confiance et fidèle d’Ermengarde était composé de membres de vieilles familles de la noblesse régionale avec entre autres  :

  • Pierre Raymond de Narbonne, viguier de la Vicomtesse 
  • Raymond d’Ouveilhan Seigneur du château et de l’étang d’Ouveilhan
  • Hugues de Plaigne
  • Esclarmonde de Saint Félix
  • Guillaume de Durban
  • Guillaume de Laredote …

Des serments de fidélité à la vicomtesse étaient prêtés par ces Seigneurs. Il n’existait pas de contrat commerciaux, de contrat de travail… mais des serments de fidélité ! Ces serments ne sont pas datés , sont atemporels ! L’origine de cette pratique est inconnue même si on la retrouve dans d’autres cultures Méditerranéennes. 

« Dès à présent, moi ( nom) ne tromperai pas, vous (nom) ni ne vous le prendrai ( nom du château ), ni n’en prendrait rien qui y soit, ni un autre homme ou une autre femme sur mon conseil et si un homme ou une femme vous le prenne avec lui, je n’aurai de cesse de reconquérir le château et je viendrai à votre secours en bonne foi et sans tromperie. »

« Les serments de fidélité donnent à cette société une image triste et mesquine, habitée par la suspicion, sinon la paranoïa et ou le mieux que l’on pouvait espérer de ses amis, c’était qu’ils ne nuisent pas. » Frederic L.cheyette

En prêtant fidélité à un Seigneur, les différents membres de ce pacte formaient une communauté, un clan qui ne pouvait se désintégrer.  

 

mariage - Ermengarde de Narbonne
Le Vicomte de Béziers, Bernard Aton, et sa femme Cécile, donnent leur fille Ermengarde, au futur comte de Roussillon Gausfred III. Liber Feudoreum

 

Pourtant, il arrivait que certains trahissent ce serment :

 

Bérenger de Puisserguier

 

Les terres du Seigneur Bérenger s’étendaient jusqu’à Florensac ( au nord d’Agde) et il tirait une partie de ses revenus des taxes perçues sur la route de Narbonne à Béziers dont il s’occupait. ( travaux voirie, protection des voyageurs…) En 1162 le comte de Barcelone Ramon Berenger IV meurt et laisse comme héritier un gamin de 5 ans … Le comte de Toulouse se réjouit de cette situation et cherche de nouveaux alliés dans les Seigneurs de la région. En résumé, la situation politique de la région est délicate et fragile.

C’est à ce moment là que précisément Bérenger de Puisserguier décide d’augmenter les taxes de droit de péage sur l’axe Narbonne/Béziers. Ermengarde voulut le traduire en justice pour cela ( il mettait à mal ses revenus ) mais ce dernier se réfugia auprès du comte de Toulouse !

Raymond V de Toulouse avait pour femme, la sœur du Roi de France qui prit la défense de Bérenger et l’envoya à la cour avec lettre de recommandation. Mais notre Ermengarde ne s’en laissa pas compter et à son tour prit sa plus belle plume et fit une bafouille au Roi. Et après moultes réflexions le Roi trancha en faveur de la Vicomtesse.

 

L’amour courtois : Fidélité & Amour

 

« Moi Pierre de Nébian, je souhaite t’aimer, toi, Guillaume, Seigneur de Montpellier, d’un amour vrai, et te servir fidèlement, et demeurer dans ta grâce et ta protection. »

Châtelain de Nébian en 1160

Fidélite & Amour sont devenus peu à peu des synonymes dans l’amour courtois. L’amour entre une femme et un homme mais aussi l’amour politique entre les Seigneurs était de mise dans cette société Occitane du XII siècle. La confiance et la franchise étaient liés au serment de fidélité et d’Amour. 

La comtesse de Die, Trobairitz ( troubadour femme) fit une chanson relatant la trahison du serment :

« Il me faut chanter ce que je ne voudrai point chanter, car je suis en colère à cause de celui dont je suis l’amie, car je l’aime plus que tout au monde.Merci et courtoisie ne trouve guère grâce a ses yeux, pas plus que ma beauté, mon rang ou mon esprit. Je suis trompée et trahie à l’extrême comme si je n’avais pas le moindre charme…..Je suis surprise de l’arrogance de votre cœur, ami, car j’ai bien sujet d’être triste, il n’est pas juste qu’un autre amour vous enlève à moi…. Et je veux savoir mon bel et doux ami pourquoi vous êtes à mon égard si farouche et dur, je ne sais qui de l’orgueil ou de la malveillance. Mais plus que tout je veux messager que tu lui dises que trop d’orgueil peut nuire à maintes gens. »

Au sein de la Société Occcitane de cette période c’est par le divertissement que les gens apprenaient les usages de la vie en société. Les chansons des troubadours participaient à cela. Il existait des compétitions de versification entre troubadours ou l’on tenait compte de la rythmique, des rimes, du sens et de l’intensité émotionnelle des mots…

Des nobles, des aristocrates comme Guillaume IX d’Aquitaine ou la comtesse de Die mais encore la comtesse Garsende de Provence et le Roi Alfons d’Aragon composaient des chansons dans l’Art des trouvères. Mais il y’avait également des troubadours issus du peuple comme des jongleurs, des comédiens, des chanoines …

Le sens de ces chansons pouvait être multiples. En effet, la langue Occitane (langue Romane) se prêtant relativement bien au jeux de mots, une chanson avait souvent plusieurs degrés de lecture, plusieurs versions.

Il existait le trobar leu ou langue clair et le trobar clus ou langue hermétique comprise seulement par les initiés… mais initié à quoi ? Chevalerie Amoureuse ? 

Ces cansons (chansons)  avaient pour thème principal l’Amour, le fin’amor, la fidélité, la loyauté mais étaient également teintées d’un certain érotisme.

Voir ICI

 

1167 : Ermengarde change de camp

 

Nous avons vu l’importance à cette période d’avoir des alliés, d’intégrer une communauté et notamment avec les serments de fidélité …

Mais les alliances pour protéger les biens de chacun étant mouvants c’est ainsi qu’en décembre 1167 Ermengarde passe du coté du comte de Toulouse !

En effet, le comte de Barcelone étant mort, son successeur le Roi d’Aragon n’étant qu’un enfant, le fils de Trencavel ayant du mal à récupérer Béziers, elle se devait de protéger la ville de Narbonne et ses intérêts. A contre-cœur … mais elle savait que tous ses loyaux et puissants soutiens n’étant plus de ce monde, il fallait s’allier avec l’ennemi. S’adapter ou mourir.

Jusqu’en 1177 Ermengarde servit d’intermédiaire, de médiatrice entre le comte Raymond de Toulouse et les Trencavel, comte de Foix… ses anciens amis. Mais Raymond de Toulouse finit par la trahir en s’emparant de Narbonne .

Le fait que Narbonne soit aux mains du comte de Toulouse se solda par la reconstitution de l’ancienne alliance et c’est ainsi que les Trencavel, Roger de Béziers, Bernard Aton de Nîmes, les Seigneurs de Montpellier... et la vicomtesse Ermengarde se liguèrent contre Raymond de Toulouse.

Le Roi Alfons d’Aragon ne demanda pas d’excuses à Ermengarde pour sa trahison. Il comprenait …  La guerre entre les deux parties commença et la Vicomtesse Ermengarde récupéra Narbonne !

En 1179 Pedro de Lara, un des neveux d’Ermengarde , arrive à Narbonne suite au décès de son propre frère Aymeri qui secondait sa tante Ermengarde dans l’optique de lui succéder . Mais dès lors l’Occitanie toute entière s’embrassa ( mercenaires, routiers, révoltes…) Mercenaires d’ailleurs souvent payés par les Seigneurs eux-mêmes pour piller, saccager les terres et les biens de leurs rivaux !

C’est dans cette misère que l’on vit apparaître de plus en plus d’hérétiques. 

 

Les Cisterciens 

 

Pour contrer ces hérésies qui étaient l’ arianisme mais plus précisément le catharisme,  les Cisterciens sont envoyés dans l’ouest de l’Occitanie afin de remettre dans le droit chemin « les égarés ».

Ces derniers, croient en effet aux doctrines de Mani qui stipulent l’existence de deux créateurs, un bon et un mauvais, deux puissances absolues et éternelles qui se font la guerre. Ramené à la dimension de l’homme, cela se traduit par le conflit entre le corps et l’esprit. Le corps étant le mal et l’esprit le bien. D’où le rejet des plaisirs terrestres ( nourritures, sexualité et donc procréation…). C’est une croyance dualiste qui nie l’unité.

Cette croyance arriva dans la Chrétienté du XII siècle par la Bulgarie, d’ou parfois le surnom des cathares : les Bogomiles.

Ils avaient pour lecture le livre de l’Apocalypse, l’évangile de Jean, comme prière le « Notre père ». C’était des Chrétiens hérétiques !

Beaucoup de Seigneurs Occitan toléraient les cathares. D’ailleurs la grande majorité des cathares n’étaient pas des gens du peuple mais plutôt des Seigneurs …  Ils prêchaient la pauvreté, l’humilité, remettant en cause les sacrements, la liturgie de l’église et surtout … son pouvoir sur la société. 

C’est Raymond V de Toulouse qui fit appel à l’ordre de Cîteaux. Effectivement dans sa région de Toulouse le catharisme prenait de plus en plus d’ampleur. ( Albi, Cordes sur ciel …) 

C’est Henry de Marcy  avec l’abbé de Clairvaux qui prit la tête de l’expédition  sur Toulouse en été 1178. Ils commencèrent par prêcher parmi la foule mais se rendirent compte rapidement que même des nobles, aristocrates étaient des hérétiques. Comme Pierre Maurand dont la famille était composée de notables, de chevaliers…

A noter que plusieurs croyances dites hérétiques étaient présentes à Toulouse. Il y’avait certes les cathares, mais également les Ariens ( conflit avec l’église sur la nature du christ ) …

Bref ils visitèrent la région (Albi, Castres, Lavaur, Béziers ..) pour se faire une idée de l’ampleur que prenait le catharisme avant de revenir au début de l’été 1181. 

Narbonne avec la cour de la vicomtesse avait été épargné jusqu’ici par les problèmes soulevés par l’hérésie cathare. Nîmes, Montpellier et Agde semblaient ne pas logés non plus de foyer cathares. Du moins, s’ ils existaient,  ils ne faisaient pas parlés d’eux ! 

Saint Dominique des frères Dominicains parcourt aussi l’Occitanie pour de nouveaux prêcher aux cathares,ou aux « Bons hommes » la parole de l’église. Des conversions sont faîtes, peu…

Vers 1200 il est présent à Béziers ou réside un foyer important de cathares mais également dans un village proche de cette ville et nommé Servian. Puis il va à Carcassonne, Fanjeaux, Lavaur en montagne noire…

 

Pendant ce temps, le Roi Henri II d’Angleterre possédant plus de terres en France que le Roi de France lui même ( Normandie ), se battait contre ses propres fils ( dont Richard cœur de lion) qui s’étaient alliés au Roi de France  et contre sa Reine Aliénor d’Aquitaine (qu’il plaça en résidence surveillée !) qui possédait toute la région de l’Aquitaine actuelle ! 

La région de l’Occitanie est dans un état épouvantable, les Seigneurs se trahissent entre eux en fonction des alliances. 

Les hérétiques sont de plus en plus nombreux et comble de l’ironie les membres du clergé Occitan refusent d’obéir aux ordres des légats du pape Innocent III ! Ordres qui demandent des sanctions contre les hérétiques…

En effet, à cette période  le clergé Occitan était souvent accusé de nicolaisme   ( prêtre marié ) et de simonie ( commerce de choses spirituelle ). Il était également accusé de fermer les yeux sur « le problème » cathare. 

Ermengarde fait alors alliance avec  Alfons d’Aragon comte de Barcelone qui se bat au coté du Roi d’Angleterre Henri II ( il y a aussi les Trencavel ). Leurs adversaires sont le comte de Toulouse Raymond V, Richard cœur de Lion, le Roi de France Philippe II Auguste.

 

L’exil d’Ermengarde

 

Pendant l’année 1192, Ermengarde agit seule dans ses affaires comme étant toujours la Vicomtesse de Narbonne . Or en septembre de la même année son neveu Pedro de Lara se présente comme Vicomte de Narbonne par la grâce de Dieu. Il usurpe le pouvoir de sa tante, il accorde des privilèges à certains, inféode des terres autour de Narbonne, vend des biens…. Ermengarde a été apparemment chassée de Narbonne ! 

Elle s’est réfugiée auprès d’Ermegaud de Fabrezan, et des alliés de la famille Trencavel de Béziers.

Début de l’année 1193, Pedro l’usurpateur demande soutien à Roger Raymond le comte de Foix lui assurant ainsi le pouvoir sur Narbonne.

Roger Raymond à son tour parvient à rallier le Roi Alfons d’Aragon, et de ce fait, Ermengarde est trahie par ses anciens soutiens…

Elle essaye alors pour contrer cette machination de se rallier à son ennemi de toujours le comte de Toulouse en lui proposant de lui donner tout pouvoir sur Narbonne. En vain…

En fait, Pedro a réussi à prendre le pouvoir sur la ville de Narbonne en s’alliant avec les nouveaux riches de la ville qui étaient exclus de l’entourage proche d’Ermengarde. ( Jean Bistani, Guillaume le maitre des monnaies, Faure, Boher, Pélissier, Pallarès, Ribère…) Mais aussi avec l’entourage des puissances ecclésiastiques de Narbonne.

Elle se réfugie donc en Roussillon, près des Pyrénées. Elle dicte son testament le 30 avril 1196 (archives d’Aragon) abandonnée par tous ses proches. Elle meurt le lendemain. En bas du parchemin les signatures de deux chevaliers Templiers, Bérenger Amic et Raymond Amic, moine à la Commanderie du Mas Deu ou elle demande à être enterrée.

« Elle adjure Pedro comme bon et cher fils et comme son affectionné neveu et ami pour »l’amour du Roi éternel et pour le mien » d’exécuter ses dernières volontés. S’il le fait que Dieu tout puissant et miséricordieux lui pardonne ( à Pedro) tous les préjudices, dommages, violences, oppressions, vexations de sa part. Et je lui laisse toutes mes seigneuries sur mer et sur terre… »

On ressent de la rage, de la colère dans cette lettre contre son neveu…

Elle est désormais désargentée et lègue seulement une maison à l’ordre des Hospitaliers, deux à l’ordre des Templiers ( dont sa demeure ). Pedro n’effectuera pas ses donations…

Pourquoi ne veut elle pas être enterrée à l’Abbaye de Fontfroide dont elle fut une donatrice importante et qui abrite des anciens membres de sa cour ? Pourquoi veut-elle être inhumée à la commanderie du Mas Deu ? 

Elle fut humiliée jusqu’au bout puisque le cartulaire du Mas Deu ne mentionne absolument pas sa pierre tombale ! Oubli ou non respect de ses derniers vœux par son neveu Pedro ? Ou est le corps d’Ermengarde ?

 

Après la mort d’Ermengarde

 

Le Pape Innocent III décide en 1209 d’entreprendre une croisade contre l’hérésie cathare. Il ordonne aux barons du Nord de se battre contre les hérétiques ou Albigeois du sud.

Narbonne ne fut pas inquiétée par la croisade Albigeoise au contraire de ses voisines Béziers , Carcassonne… 

Et Pedro de Lara avant de retourner en Castille léguera Narbonne à son fils Aymeri.

L’Occitanie a ainsi été forcée de devenir Française et catholique, les ecclésiastiques venus du Nord occupaient les postes tenus autrefois par les fils des notables locaux. Les Seigneurs du Nord prenaient les possessions des Seigneurs du sud… 

 

Le monde des troubadours s’évanouit petit à petit.

L’usage de la langue Romane fut qualifiée d’hérétique par le Pape Innocent IV dans une bulle de 1245 et interdite aux étudiants. 

Tout un monde et un univers disparaissait … 

 

Sources : Ermengarde de Narbonne et le monde des troubadours, Frederic L Cheyette. 

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